LA MÉDITERRANÉE, CREUSET DE LA CIVILISATION DES PARFUMS

                   


L’Egypte ancienne est la référence en matière de tradition des parfums et des cosmétiques. Aujourd’hui  la société L’Oréal conduit des recherches en association avec le département égyptien du Musée du Louvre, pour tenter de retrouver les produits de l’antiquité et  pour s’en inspirer… Dans l’Egypte antique, le parfum est à la fois un instrument du culte, un privilège royal, notamment pour l’embaumement des pharaons, et cependant un accessoire profane pour les plaisirs de la vie : on se parfume avec art, depuis la tête jusqu’aux pieds, pour séduire ou plus simplement marquer sa classe sociale. On utilise de nombreux produits de la vallée fertile du Nil, comme le lotus, la rose  ou le jasmin (cultivé encore aujourd’hui en Egypte) , on apprécie les résines de thérébinthe et de lentisque. Dès le 2ème millénaire, les pharaons lancent des expéditions vers le pays de Pount (Ethiopie) pour négocier l’Encens et la  la Myrrhe. Les expéditions orientales procurent enfin le Styrax, le Cèdre, le Galbanum et ouvrent la voie aux caravanes d’extrème-orient qui rapportent les épices, le Musc et  l’Ambre… Les Egyptiens ont un art consommé pour les parfums complexes et parviennent même à synthétiser certaines matières premières ! Le Kyphi (voir p) est le plus célèbre des parfums égyptiens : il comportait un grand nombre d’ingrédients et était mélangé indifféremment à des huiles, pour le massage, à des graisses, pour les onguents, et aussi à du miel et du vin…
Dans le temple d’Edfou on peut voir des illustrations et des recettes complexes en hiéroglyphes. La puissante Egypte, faisait aussi appel aux Crétois et aux Grecs (notamment de Chypre) connus pour leur art des parfums.
La Grèce antique, comme l’Egypte, considèra les parfums comme un art divin : mais la démocratie athénienne était aussi celle des odeurs (osmos) ; l’art du bain et des thermes permettait l’usage des parfums pour tous. L’huile d’olive, autre bienfait des Dieux ( elle fut crée, selon la mythologie, par Athéna comme cadeau  maternel pour les Athéniens) servait de base pour les compositions et pour la conservation des parfums.



Le mot même de parfum vient, quant à lui,  du latin : il signifie «  par la fumée « (fumus).  La Rome impériale saura donner un exemple d’usage généralisé des parfums, comme une appropriation civile d’un bien mythique. C’est en conquérant le monde que Rome va se rendre maître des matières premières aromatiques dont fort peu sont produites alors dans la péninsule italienne : l’encens et la myrrhe, des résines précieuses très en vogue dans toute l’antiquité viennent d’Arabie, le jasmin d’Egypte, la rose d’Asie mineure… A cette situation économique propice, s’ajoute une approche presque philosophique du parfum : il est en usage, selon la tradition grecque,  dans les cérémonies religieuses puisque les anciens croyaient que le parfum avait été crée comme « langage » entre les hommes et les divinités ; il est aussi le remède universel contre les maladies, notamment pour luter contre les épidémies comme la peste. Lucrèce, et Pline l’Ancien, après Aristote et Théophraste considèrent que la peste tue par l’odeur – mauvaise – et que le moyen le plus efficace de s’en prémunir est de s’entourer de parfums ; lesquels sont  enfin l’instrument des plaisirs, liés aux trois lieux privilégiés de la société romaine impériale : le bain, la table et le lit.
Aux Thermes, les fumigations et les vaporisations chaudes d’essences de parfum et les massages aux huiles parfumées sont l’élément principal du plaisir et de l’hygiène. A table, les parfums sont utilisés dans les fêtes de façons décoratives : les convives portent des couronnes de roses de Paestum, le sol est jonché de fleurs et d’herbes aromatiques, des colombes s’ébattent pendant les banquets, leurs ailes enduites d’essences créant des vents parfumés etc. Mais dans l’assiette aussi : on trouve rose et jasmin dans les recettes d’Apicius. Enfin au lit : le plus célèbre scénario de séduction de Jules César puis d’Antoine par Cléopâtre tient beaucoup au parfum : Alexandrie était, il est vrai, la capitale des usines de parfums et leur conquête, pour les romains,  n’était pas moins importante que celle de la princesse. Celle-ci envoie à la rencontre d’Antoine un bateau d’apparat, construit en bois odorant de cèdre et dont les voiles sont enduites d’huile de jasmin. Avant même de la voir, le futur amant est déjà envoûté ! Après un repas parfumé, la chambre tapissée de roses fraîches, le lit odorant, et le corps de Cléopâtre lui-même parfumé trois fois – une fois sur les cheveux, une fois pour le corps et une dernière fois pour les parties intimes – achèvent l’œuvre de séduction olfactive.

Les maîtres parfumeurs étaient, à Rome, personnages à la mode comme Folia ou Cosmus, cités par Martial. Les parfums en vogue, tant pour les hommes que pour les femmes, étaient le Nard de Perse, le melinum au parfum de coing, le cyprinum, aux senteurs agrestes et le rhodinium à base de rose. Le « parfum royal » est cité par Pline comme le plus luxueux : il était composé de 27 essences savamment dosées. Pour les obsèques de Popée, Néron dépensa en un jour l’équivalent d’un an de consommation de parfums, épuisant notamment tout l’encens disponible. La ville entière était embaumée…